Deux ans de disparition : jusqu’à quand le silence ?
Il y a des absences qui finissent par peser plus lourd que les mots. En Guinée, près de deux ans après la disparition d’Oumar Sylla, connu sous le nom de Foniké Menguè, de Billo Bah et du journaliste Habib Marouane Camara, le pays continue de vivre avec une question à laquelle personne n’apporte de réponse : où sont-ils ?
Le temps, qui est souvent censé permettre aux enquêtes d’avancer, semble ici produire l’effet inverse. Les mois se sont transformés en années sans qu’aucune information officielle ne vienne éclairer le sort de ces trois hommes. Pour leurs familles, chaque journée est une épreuve.
Pour une partie de l’opinion publique, cette absence de vérité nourrit un profond sentiment d’injustice.
Ces disparitions ne concernent plus uniquement les proches des victimes. Elles sont devenues le symbole d’un malaise plus profond, celui d’un pays où les défenseurs des droits humains, les acteurs de la société civile et les journalistes s’interrogent de plus en plus sur leur propre sécurité.
Lorsqu’un militant ou un journaliste disparaît sans que les circonstances soient établies ni les responsabilités clairement déterminées, c’est toute la société qui est fragilisée.
Oumar Sylla et Billo Bah étaient des figures connues de l’engagement citoyen. Habib Marouane Camara exerçait le métier de journaliste, une profession qui exige indépendance, courage et responsabilité.
Leur disparition rappelle que la liberté d’expression et le droit d’informer ne peuvent exister pleinement sans garanties réelles de protection.
Le silence qui entoure cette affaire est devenu insupportable. Les familles réclament la vérité. Les organisations de défense des droits humains continuent d’appeler à des enquêtes sérieuses, impartiales et transparentes. Pourtant, près de deux ans après les faits, les réponses se font toujours attendre.
Au-delà des considérations politiques, cette affaire soulève une question fondamentale : quel avenir peut espérer un État lorsque des citoyens disparaissent sans que la lumière ne soit faite sur leur sort ? Une nation attachée à l’État de droit ne peut accepter que le doute s’installe durablement à la place de la justice.
L’histoire montre qu’aucun silence n’est éternel. Les vérités que l’on tente de repousser finissent toujours par refaire surface.
C’est pourquoi les autorités ont aujourd’hui la responsabilité de faire toute la lumière sur ces disparitions, dans le respect de la loi et des engagements internationaux de la Guinée en matière de protection des droits humains.
Près de deux ans après, l’urgence n’est plus seulement de promettre des enquêtes. Elle est d’apporter des réponses.
Parce qu’aucune famille ne devrait être condamnée à vivre dans l’incertitude. Parce qu’aucun journaliste, aucun militant et aucun citoyen ne devrait disparaître sans que la vérité soit recherchée avec détermination.
La justice ne se mesure pas aux discours, mais à sa capacité à établir les faits, à situer les responsabilités et à garantir que de telles tragédies ne puissent plus jamais se reproduire.
C’est à cette condition que la confiance pourra être restaurée et que l’État de droit retrouvera toute sa crédibilité.







