France 24 s’excuse : fallait-il vraiment effacer le putsch du 5 septembre 2021 ?
France 24 a présenté ses excuses après avoir qualifié Mamadi Doumbouya de « président putschiste ». La chaîne française a reconnu une erreur, corrigé sa formulation et rappelé que le chef de l’État guinéen avait été élu président lors du scrutin du 28 décembre 2025.
Mais derrière ces excuses, une question mérite d’être posée : le mot « putschiste » était-il réellement faux lorsqu’il faisait référence à l’arrivée de Mamadi Doumbouya au pouvoir ?
La réponse, lorsqu’on s’en tient aux faits historiques, mérite d’être nuancée.
Le 5 septembre 2021, une date qui ne peut pas être effacée
Le 5 septembre 2021, Mamadi Doumbouya, alors commandant du Groupement des forces spéciales, a renversé le président Alpha Condé par un coup d’État militaire. Il a ensuite dirigé la transition à la tête du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD).
Cet épisode constitue le point de départ de son accession au pouvoir. France 24 rappelle elle-même que Doumbouya est arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2021 avant d’être élu président en décembre 2025.
Il s’agit donc d’un fait historique, et non d’une simple qualification inventée par un média.
Un putschiste devenu président
C’est précisément là que se situe toute l’ambiguïté de cette affaire.
Mamadi Doumbouya peut aujourd’hui être désigné comme président de la République de Guinée, puisqu’il a été élu lors de l’élection présidentielle de décembre 2025 et exerce désormais cette fonction.
Mais cette réalité institutionnelle ne fait pas disparaître le fait historique qu’il est arrivé au pouvoir à la suite du coup d’État du 5 septembre 2021.
Les deux réalités peuvent donc être énoncées simultanément : Mamadi Doumbouya est devenu président après avoir pris le pouvoir par un putsch.
Le terme « putschiste » renvoie ainsi au rôle joué par Doumbouya lors du renversement du 5 septembre 2021. Le débat porte davantage sur la pertinence de continuer à utiliser ce qualificatif pour désigner son statut actuel de chef de l’État.
Des excuses qui interrogent
France 24 a finalement choisi de répondre aux autorités guinéennes en reconnaissant une erreur et en présentant ses excuses. La chaîne a également rappelé à l’antenne que Mamadi Doumbouya avait été élu président de la République le 28 décembre 2025.
Cette décision peut néanmoins susciter des interrogations.
Reconnaître l’élection de 2025 ne devrait pas nécessairement conduire à gommer l’histoire de 2021. Une élection ultérieure peut modifier le statut institutionnel d’un dirigeant, mais elle ne modifie pas rétroactivement les conditions dans lesquelles celui-ci est arrivé au pouvoir.
Le 5 septembre 2021 reste le 5 septembre 2021.
C’est précisément cette distinction qu’un média international devrait être capable d’expliquer à son public : Mamadi Doumbouya est aujourd’hui président de la République, mais son accession initiale au pouvoir s’est faite à la suite d’un coup d’État militaire. En plus il avait promis de ne pas se présenter encore moins les membres du gouvernement ou du CNT.
Entre précision journalistique et pression politique
La controverse ne s’est pourtant pas arrêtée à cette question de vocabulaire.
Après la séquence de France 24, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a demandé à la chaîne de rectifier ses propos. Les autorités guinéennes ont ensuite décidé de suspendre la diffusion de France 24 dans le pays, malgré les excuses et la correction apportées par la chaîne.
Cette décision a également suscité des critiques de la part de Reporters sans frontières, qui a dénoncé une atteinte à la liberté d’informer et au pluralisme médiatique en Guinée.
De leur côté, les Forces vives de Guinée ont également critiqué les excuses présentées par France 24, estimant que la chaîne n’aurait pas dû céder aux pressions des autorités.
Ne pas réécrire l’histoire
Il faut finalement éviter deux raccourcis.
Le premier consisterait à présenter Mamadi Doumbouya uniquement comme un « putschiste », en ignorant qu’il est aujourd’hui président de la République après l’élection de décembre 2025.
Le second serait de considérer que son élection efface automatiquement son rôle dans le coup d’État du 5 septembre 2021.
L’histoire récente de la Guinée est plus complexe que cela.
Mamadi Doumbouya a pris le pouvoir par les armes en 2021. Il a ensuite dirigé une période de transition avant de devenir candidat à l’élection présidentielle de 2025 et d’être déclaré élu. Ces différents éléments appartiennent tous à son parcours politique.
France 24 pouvait donc rappeler le coup d’État de 2021 tout en le présentant comme le président de la République issu de l’élection de 2025.
La véritable question n’était peut-être pas de savoir si l’histoire devait être rappelée, mais comment elle devait l’être et dans quel contexte.
Le 5 septembre 2021 restera dans l’histoire
Au fond, cette polémique révèle quelque chose de plus profond : en Guinée, certains mots restent extrêmement sensibles parce qu’ils renvoient directement à l’histoire politique récente du pays.
Le débat autour de France 24 rappelle surtout qu’un changement de statut politique ne fait pas disparaître les événements qui l’ont précédé.
Le 5 septembre 2021, qu’on le veuille ou non, demeure une date majeure de l’histoire politique contemporaine de la Guinée.








