Manque de liquidité en Guinée après la présidentielle : entre promesses minières et défiance généralisée
Au lendemain de l’élection présidentielle, la Guinée fait face toujours à une crise de liquidité qui fragilise davantage une économie déjà sous tension.
Cet article met en lumière ce que l’institution ne dit pas officiellement.
Dans plusieurs villes du pays, les retraits d’espèces sont plafonnés, les transferts ralentis et la circulation monétaire semble grippée. Derrière ces difficultés techniques se cache une réalité plus profonde : une perte de confiance envers les institutions financières et politiques.
Le pouvoir actuel, issu du coup d’État du 5 septembre 2021 mené par Mamadi Doumbouya, avait promis une refondation de l’État et une gouvernance plus vertueuse. Après la présidentielle, validée par la Cour suprême, les autorités ont cherché à rassurer en mettant en avant de grands projets structurants, notamment l’exploitation du gisement de fer de Simandou.
Présenté comme le moteur d’une future prospérité, ce projet devait, selon le discours officiel, générer des retombées économiques majeures et soutenir la stabilité financière du pays.
Pourtant, sur le terrain, les effets annoncés tardent à se matérialiser.
Le projet de Simandou est souvent décrit comme l’un des plus grands gisements de fer au monde. Le gouvernement insiste sur les investissements attendus, les infrastructures en construction, ainsi que les milliers d’emplois potentiels. Dans les discours officiels, cette exploitation minière est censée renforcer les réserves de change et soutenir le franc guinéen.
Mais une promesse, aussi ambitieuse soit-elle, ne compense pas une crise de confiance. Les retombées économiques de Simandou restent en grande partie futures, alors que les difficultés de liquidité sont immédiates.
Les commerçants, notamment à Conakry, hésitent de plus en plus à déposer leurs recettes dans les banques. Beaucoup préfèrent conserver des liquidités hors du circuit bancaire ou convertir leurs avoirs en devises étrangères. Cette thésaurisation accentue la rareté de l’argent disponible dans le système financier.
La défiance ne vise pas uniquement les établissements bancaires, mais plus largement l’État et sa gestion des ressources publiques. La Banque Centrale de la République de Guinée est accusée par certains acteurs économiques de manquer de transparence sur la gestion de la masse monétaire et des réserves en devises.
L’absence de communication claire nourrit les rumeurs et renforce les comportements de retrait massif.
À cela s’ajoutent des accusations persistantes de détournements de fonds publics au sein du pouvoir militaire. Bien que les autorités revendiquent une lutte contre la corruption, de nombreux observateurs estiment que les mécanismes de contrôle restent insuffisants et que l’opacité budgétaire demeure. Dans un contexte où le régime est issu d’un putsch, la légitimité politique, même validée juridiquement, ne suffit pas à dissiper les soupçons.
Lorsque les citoyens doutent de l’usage qui est fait des ressources publiques, ils hésitent à confier leur argent au système financier. Cette méfiance crée un cercle vicieux : moins de dépôts bancaires signifie moins de capacité de crédit, donc moins d’investissement et de croissance.
Le gouvernement invoque des facteurs extérieurs, fluctuations des marchés internationaux, pressions inflationnistes mondiales pour expliquer les tensions actuelles. Ces éléments jouent effectivement un rôle. Mais ils ne sauraient occulter les fragilités internes : dépendance excessive aux exportations minières, faiblesse de la diversification économique et gouvernance contestée.
Les partenaires internationaux, dont le Fonds monétaire international, observent avec attention la trajectoire budgétaire et monétaire du pays. Toute coopération renforcée exigera des garanties en matière de transparence, de discipline budgétaire et d’indépendance institutionnelle.
Bref, la crise de liquidité post-électorale dépasse la simple question monétaire. Elle révèle une fracture entre les promesses politiques notamment celles liées de Simandou et la réalité vécue par les citoyens et les commerçants.
Tant que la gouvernance ne gagnera pas en crédibilité et en clarté, les milliards espérés des ressources minières risquent de ne pas suffire à restaurer la confiance, socle indispensable de toute stabilité économique durable.
BCRG sur la crise de liquidité: https://www.bcrg-guinee.org/la-bcrg-echange-avec-la-commission-des-finances-du-cnt-sur-letat-de-leconomie-guineenne/









