Le Groenland n’est pas à vendre : une remise en cause inquiétante de la souveraineté danoise
Lorsque Donald Trump a exprimé, une nouvelle fois, sa volonté de se procurer le Groenland, j’ai été frappé non seulement par le caractère provocateur de cette déclaration, mais surtout par ce qu’elle révèle d’une certaine vision des relations internationales : une vision où la puissance primerait sur le droit, et où la souveraineté des États deviendrait négociable.
Le Groenland n’est pas un territoire sans maître ni une zone grise du droit international. Il s’agit d’un territoire autonome placé sous la souveraineté du Royaume du Danemark, un État reconnu, membre de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
En ce sens, évoquer l’idée d’une acquisition du Groenland par les États-Unis revient à ignorer, voire à piétiner, les principes fondamentaux de la souveraineté et de l’autodétermination des peuples.
Donald Trump justifie cette ambition par des impératifs de sécurité nationale. Selon lui, le Groenland revêt une importance stratégique majeure pour la sécurité des États-Unis, notamment dans un contexte de tensions accrues dans l’Arctique et de rivalités avec la Russie et la Chine. Cet argument mérite cependant d’être sérieusement interrogé.
Peut-on réellement parler de menace pour la sécurité américaine lorsque le territoire concerné appartient à un allié historique et fiable ?
Le Danemark n’est pas un État hostile ni un acteur isolé. Il fait partie de l’OTAN, alliance militaire fondée précisément sur le principe de défense collective. L’article 5 du traité est clair : une attaque contre l’un est considérée comme une attaque contre tous.
Dès lors, prétendre que les États-Unis auraient besoin de contrôler directement le Groenland pour assurer leur sécurité revient à remettre en cause l’utilité même de l’Alliance atlantique.
À quoi sert l’OTAN si la méfiance s’installe entre ses propres membres ?
Au-delà des considérations militaires, cette position révèle une approche profondément déséquilibrée des relations internationales. Elle donne l’impression que certains pays, du fait de leur puissance économique ou militaire, pourraient se permettre de redessiner les cartes selon leurs intérêts.
Une telle logique est dangereuse. Elle affaiblit le droit international et crée un précédent inquiétant pour les petits et moyens États, dont la sécurité repose justement sur le respect des règles communes.
Si cela continue, j’aurai peur pour mon pays d’origine la République de Guinée, parce qu’elle est considérée comme un scandale géologique. Les pays puissants pourraient un jour s’en accaparer à cause de ses richesses du sous-sol. Mais la détermination d’un peuple de Guinée empêchera toujours un tel projet.
Il ne faut pas non plus oublier les premiers concernés : les Groenlandais eux-mêmes. Leur avenir ne peut être décidé dans les couloirs de Washington ou à travers des déclarations unilatérales. Le Groenland dispose de ses propres institutions, de sa culture, de ses aspirations, et la question de son statut relève avant tout de la volonté de sa population.
Réduire ce territoire à un simple enjeu stratégique ou à un actif géopolitique est une forme de déshumanisation politique.
En définitive, la volonté affichée de Donald Trump d’« acheter » le Groenland ne relève pas seulement de la provocation ou de la rhétorique politique. Elle traduit une conception du monde où la force et l’intérêt national priment sur la coopération, le respect mutuel et le droit.
Dans un contexte international déjà marqué par les tensions et les conflits, ce type de discours ne fait qu’aggraver les fractures existantes.
Le Groenland n’est pas à vendre, et la souveraineté du Danemark n’est pas négociable. Si la sécurité collective est réellement l’objectif poursuivi, alors c’est par le dialogue, le respect des alliances et le renforcement des institutions internationales qu’elle doit être assurée, et non par des ambitions unilatérales qui fragilisent l’ordre mondial.








